Mettre un frein à l’autocritique

Lorsque nous ne nous montrons pas à la hauteur de nos idéaux et de nos valeurs, lorsque nous faisons des erreurs, il nous arrive de nous juger – parfois durement. Chez certaines personnes, l’autocritique est une habitude de vie : ils ne peuvent s’empêcher de se juger et de se dévaloriser. Un tel mode de fonctionnement est source de souffrance, et peut s’avérer terriblement difficile à remettre en cause dans certains cas (par exemple lorsque des schémas d’idéaux exigeants remontant à l’enfance sont au cœur du fonctionnement de l’individu). Nous allons voir comment de tels mécanismes peuvent être enrayés.

autocritique

Une méthode de thérapie cognitive qui s’adresse à ce problème, la « thérapie focalisée sur la compassion » (compassion-focused therapy), a été très récemment évaluée dans une étude menée par chercheurs de l’université de Sheffield, en Angleterre (Leaviss et Uttley, 2015), que nous allons résumer. La compassion peut être approchée avec le regard des religions, mais d’un point de vue thérapeutique c’est avant tout une compétence cognitive : elle permet au patient de mettre en suspens ses mécanismes de défense, pendant qu’il active des mécanismes d’auto-réconfort. Qu’est-ce donc que cette fameuse thérapie focalisée sur la compassion ? Il s’agit d’une méthode appartenant à la 3ème vague des thérapies cognitives, s’inscrivant dans la ligne des approches de mindfulness. Cette thérapie vise à enseigner la compassion (et par là même l’auto-compassion), au travers d’un ensemble d’inte
rventions, qui visent à pousser le patient à s’accepter tel qu’il est, et à accepter les autres tels qu’ils sont.  En effet, une personne qui se montre sévère avec elle-même aura tendance à se montrer tout aussi sévère avec les autres – et réciproquement. Cette approche a été introduite en 2000 par Paul Gilbert, et s’est depuis développée pour incorporer les éléments suivants :

  • L’entraînement à la pleine conscience (mindfulness), où le patient apprend des techniques de méditation pour ne pas être piégé dans ses automatismes de pensées et ses émotions. Le patient apprendra à maintenir une attention souple sur ses pensées, sensations et émotions en étant guidé par le thérapeute.
  • Les interventions cognitives, visant à restructurer les pensées automatiques du patient. Le patient travaille avec le thérapeute pour remplacer les autocritiques par un système de pensées plus équilibrées.
  • Les interventions comportementales, visant à ce que le patient acquière des comportements d’auto-réconfort et apprenne à se donner de la compassion.
  • L’imagerie d’exposition, où le patient est exposé en imagination aux scènes qui déclenchent usuellement ses autocritiques, tout en s’imaginant se donnant de la compassion. Le patient peut imaginer par exemple qu’il met en œuvre les interventions comportementales, ou bien qu’il se rassure avec les systèmes de pensées développés pendant l’intervention cognitive.
  • L’utilisation d’un journal, rédigé dans un style non jugeant et décrivant le quotidien émotionnel du patient.

Leaviss et Uttley ont mené une étude de synthèse sur l’ensemble des rapports scientifiques portant sur cette approche thérapeutique. Leur conclusion est qu’une amélioration significative est observée chez les patients souffrant de  mécanismes d’autocritique envahissants lorsqu’ils apprennent la compassion. Autrement dit, Leaviss et Uttley montrent que la compassion peut être enseignée et permet de mettre un frein à ces mécanismes d’autocritique.


  • Références

GILBERT P (2000). Social mentalities: internal ‘social’ conflict and the role of inner warmth and compassion in cognitive therapy. In Genes on the Couch: Explorations in Evolutionary Psychotherapy (ed. P. Gilbert and K. G. Bailey), pp. 118–150, Brunner-Routledge: East Sussex, UK.

LEAVISS J., UTTLEY L., (2015) Psychotherapeutic benefits of compassion-focused therapy: an early systematic review. Psychological Medicine, 45, 927–945.

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