Schémas cognitifs d’inadaptation et troubles du comportement alimentaire

Les troubles du comportement alimentaires (telles que la boulimie ou l’anorexie) ont un impact significatif dans la vie quotidienne de ceux qui en souffrent, et sont associés à des risques de santé préoccupants. Pour soigner ces troubles, l’approche comportementale et cognitive semble la plus appropriée. En effet, les thérapies comportementales et cognitives sont les mieux évaluées scientifiquement pour la prise en charge de ces troubles. En outre, elles sont actuellement considérées comme le traitement de référence pour la boulimie.

Un rapport de synthèse récent du docteur Matthew Pugh (Pugh, 2015) à l’université de Londres démontre l’intérêt d’une thérapie comportementale et cognitive à deux niveaux : un niveau de traitement « superficiel » pour restructurer les pensées dysfonctionnelles, et un niveau de traitement « profonds »  pour restructurer les schémas cognitifs précoces d’inadaptation du docteur Jeffrey Young (Young et al., 2003). Cette approche, qui incorpore la méthode de « thérapie des schémas », représente un espoir certain pour les patients souffrant de troubles alimentaires. Nous allons expliquer ci-dessous comment fonctionne cette approche dans les grandes lignes.

Parlons tout d’abord de la thérapie des schémas. Jeffrey Young a identifié plusieurs schémas précoces d’inadaptation (il en dénombre 18), développés en fonction du vécu dans l’enfance et l’adolescence, et continuant à s’élaborer tout au long de la vie. Ces schémas biaisent l’interprétation de la réalité de la personne, et faussant son rapport au monde et aux autres. Ils induisent des souffrances, et  sont impliqués dans les structurations des troubles de la personnalité (cependant, une personne souffrant de schémas précoces d’inadaptation n’a pas nécessairement de trouble de la personnalité). Une personne aux prises avec un schéma précoce d’inadaptation y fera face par des stratégies de gestion : l’évitement, la compensation ou la soumission au schéma. Dans l’évitement le patient cherche à éviter l’activation du schéma (dont elle est souvent inconsciente). Dans la compensation, la personne essaye de contrebalancer le schéma par des comportements souvent inadaptés ou extrêmes. Dans la soumissions, la personne subis son schéma comme une fatalité. Dans tous les cas, le recours à ces stratégies renforce progressivement l’emprise du schéma sur l’individu. La thérapie des schémas est une approche de thérapie cognitive et comportementale incorporant des techniques de Gestalt-thérapie. Elle combine des interventions cognitives, comportementales et gestaltistes visant à réduire l’emprise du schéma précoce inadapté sur l’individu.

engrenages

Quel rapport peut-on faire entre ces schémas précoces d’inadaptation et les troubles alimentaires ? Tout d’abord, la présence de ces schémas est plus fréquente chez les patients souffrant de troubles alimentaires que dans la population générale, et sont un facteur aggravant. Ils se manifestent différemment selon la forme du trouble alimentaire : les patients souffrant d’anorexie compensent préventivement leurs schémas précoces par des comportements compulsifs, alors que le patient souffrant de boulimie se retrouvent piégés dans des comportements impulsifs après que leurs schémas aient été activés. Autrement dit, l’anorexie est un comportement qui vise à empêcher le schéma d’être activé, alors que la boulimie est une façon de gérer un schéma lorsqu’il s’active. On pourrait donc concevoir les troubles du comportement alimentaire comme une stratégie de gestion particulière : l’anorexie comme une stratégie de compensation/évitement et la boulimie comme stratégie d’évitement.

Est-il possible d’améliorer les troubles alimentaires en intervenant sur les schémas précoces d’inadaptation ? Bien que peu d’études aient exploré cette question, les résultats sont suffisamment probants pour encourager l’addition des techniques de thérapie des schémas pour renforcer la prise en charge des troubles alimentaires en TCC. En particulier, la méthode de re-contextualisation en imagerie (qui est l’un des piliers de la thérapie des schémas) a démontré son efficacité dans plusieurs études sur la boulimie, et des résultats préliminaires encourageants pour la prise en charge de l’anorexie.


  • Références

PUGH M. (2015). A narrative review of schemas and schema therapy outcomes in the eating disorders. Clinical psychology review, 39:30-41.

YOUNG, J. E. KLOSKO, J. S., WEISHAAR, M. E. (2005). La thérapie des schémas, approche cognitive de la personnalité, traduction de Bernard Pascal, Edition De Boeck.

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